jeudi 19 janvier 2012

1958 - Johan et Pirlouit - La Flûte à Six Schtroumpfs


A l'occasion d'un séjour au château, un marchand ambulant perd une flûte magique à six trous. Celui qui entend sa musique se met à danser de façon irrépressible jusqu'à l'épuisement. Après avoir été récupérée par Pirlouit, le brigand Matthieu Torchesac la lui dérobera dans le but de s'en servir comme une arme. Johan et Pirlouit partiront à sa poursuite. Pour le contrer, ils devront se procurer une autre flûte enchantée et rejoindre pour cela le Pays Maudit, habité par "Les Schtroumpfs"

On peut considérer cette trop courte série comme l'une des meilleures jamais concue.
Paru dans le journal de Spirou en 1958 sous le titre provisoire "La Flute à Six Trous", ce 9e album des aventures de Johan et Pirlouit reste notable à plus d'un titre.
L'intrigue générale se base sur la passion qu'éprouve Pirlouit pour une musique bien à lui. L'album inaugure un nouveau format en 60 pages au lieu des 44, qui offre l'espace nécessaire au développement de gags plus aboutis. Par exemple, la scène ou Pirlouit court à travers le château, surprenant les gens après avoir découvert les pouvoirs de sa flûte est d'une diabolique efficacité. La rumeur prétend que le personnage de Torchesac, méchant de l'histoire, bonhomme et hypocrite, aurait été inspiré à Peyo par les pères Jésuites chez lesquels il séjourna enfant.

Mais la "Flûte à Six Schtroumpfs" marque un tournant majeur pour une autre raison. Il s'agit de la première fois que les petits lutins bleus font leur apparition. Après avoir distillé le suspens nécessaire à la prépublication, Peyo ne dévoilera le nom ses créatures qu'à la planche 34. Le public devra attendre encore quelques semaines avant de les découvrir pour la première fois dans les pages de Spirou en octobre 1958. Les Schtroumpfs vivent alors au pays Maudit, paysage rocailleux et austère, bien loin de la forêt touffue que nous connaissons. Leur apparence n'est pas encore définitive. Leurs bonnets sont plus longs et leurs visages plus minces. Néanmoins, la barrière de la langue schtroumpf, déjà bien présente, vaudra à Pirlouit quelques dialogues de sourds qui resteront dans les annales. Malgré son effroyable complexité, celle ci doit obéir à des règles très strictes afin d'être compréhensible.

Pour l'anecdote les schtroumpfs sont nés à l'occasion d'un déjeuner entre Franquin, Peyo et leurs épouses à l'été 1957. En désignant la salière, le premier, cherchant ses mots demande au second de lui passer le "schtroumpf". L'expression les amusa tant, qu'il passèrent le reste du repas à converser en "schtroumpf"
A la parution, Dupuis était inquiet de la réaction des autorités francaises toujours très pointilleuses sur les questions de langage dans les bandes dessinées. Pour le rassurer Peyo lui assura de bonne fois que ces personnages, n'apparaissant que dans une dizaine de pages, seraient largement oubliés d'ici deux ans. Nous connaissons la suite...

La Flûte a Six Schtroumpfs - Peyo - Editions Dupuis 1960

mercredi 18 janvier 2012

1973 - Pauvre Lampil (série)


Paru entre 1977 et 1995, "Pauvre Lampil" compte 7 albums parus entre 1977 et 1995. La série décrit avec humour les rapports houleux entre un dessinateur râleur et un scénariste suffisant. Les deux personnages sont représentés sous les traits de Lambil et Cauvin, le duo star des Tuniques Bleues.

En 1973, le rédacteur en chef de Spirou et spécialiste de la bande dessinée Thierry Martens propose à Dupuis d'organiser une rubrique "Carte Blanche" dans les pages du journal. Le principe consistait à offrir une plage de liberté aux auteurs chevronnés, ainsi qu'à de nouveaux venus libres d'y exprimer leur talent. Malgré la réticence de l'éditeur, l'opération fut un succès.
De nombreux auteurs se prêtèrent à l'exercice avec malice. En proposant "Pauvre Lampil", Lambil et Cauvin se hissèrent en tête du célèbre référendum des lecteurs qui faisait autorité à l'époque. La série sortit ainsi de son cadre exceptionnel pour commencer une publication régulière dès 1974.
Dupuis restait frileux, redoutant que le temps consacré à cette "pochade" n'empiètent sur les Tuniques Bleues dont les ventes commençaient à s'envoler.
Un premier recueil paru en 1977, suivi par un second l'année suivante. Toutefois, le succès croissant de leur série vedette raréfièrent progressivement la présence de Pauvre Lampil jusqu'en 1995 année de la parution du septième et dernier album.

Cauvin se positionnait comme le clown blanc du duo, manipulant un Lambil caractériel et hypocondriaque. Si le scénariste affirme avoir puisé son inspiration dans leur quotidien professionnel, Lambil prendra plus de distance avec son personnage qu'il qualifie lui même "d'artiste raté".
Reflet d'un malaise selon Lambil, la série fut source d'une brouille entre les deux hommes qui durera de nombreuses années. L'un reprochant à l'autre d'y régler ses comptes. Le dessinateur se débarrassera par la suite de tout ce qui pourrait lui rappeler ce qu'il considère comme un échec professionnel pour lequel "il ne fait aucun effort".
Quant au nom de Lampil, il vient d'une faute commise par Cauvin à l'occasion de sa première rencontre avec son acolyte.

Quoiqu'il en soit, une intégrale parue en 2011 nous rappelle que, malgré son échec commercial et les affres de sa création, "Pauvre Lampil" reste un petit bijou d'humour et d'efficacité.



Pauvre Lampil - Editions Dupuis

dimanche 15 janvier 2012

2010 - Interview Lambil

Voici une interview de Willy Lambil prise pour PlanèteBD, à l'occasion de la sortie de l'album "Sang Bleu pour les Bleus" (voir article)

1986 - Interview Malet Tardi


Interview réalisée en 1986 à propos de la collaboration entre Léo Malet et Tardi sur les albums de Nestor Burma. Tardi travaille sur l'adaptation du second Tome "120 rue de la Gare", paru en 1988.

Ce document vient en complément de l'article sur l'album "Brouillard au Pont de Tolbiac"

1982 - Nestor Burma - Brouillard au Pont de Tolbiac


A l'occasion d'une lettre reçue de la part d'une très ancienne relation, Nestor Burma remontera la filière d'un crime non résolu qui le replongera dans son passé anarchiste au coeur du XIIe arrondissement. Il sera aidé dans ses recherches par une jeune gitane Bélita Moralès, amie de son camarade défunt.

"C'est un sale quartier, un foutu coin,(...) c'est son climat. Pas partout, mais dans certaines rues, certains endroits on y respire un sale air. Fous en le camp Bélita.(...) Ca pue trop la misère, la merde, le malheur !"
Cette phrase sans appel de Burma à la gitane résume bien ce que Malet pensait du XIIIe arrondissement avec lequel, prétendait-il avoir un vieux compte à régler. En 1926, âgé de 17 ans, l'auteur avait séjourné en 1926 au foyer Végétalien, 182 rue de Tolbiac, en compagnie de camarades anarchistes. Cette courte expérience qui lui avait laissé un souvenir amer.
De la série "Les nouveaux mystères de Paris", "Brouillard au Pont de Tolbiac" a toujours été considéré comme un roman à part. Par son auteur d'abord, puis par son public qui découvrait sur les traces de Nestor Burma le souvenir d'un XIIIe disparu.
Le plus souvent Malet travaillait sans plan préalable, ce qui l'amenait à effectuer un certain nombre de corrections au rythme de l'avancée de l'intrigue. La conception de cette histoire était un peu différente. Malet, pressé par les délais devait envoyer les épreuves de son manuscrit à l'éditeur à mesure de sa rédaction. Impossible donc pour lui de revenir en arrière.
Léo Malet n'était pas amateur de bande dessinée. C'est en passant par hasard devant la librairie Casterman qu'il tomba en arrêt devant la couverture du "Démon de la Tour Eiffel", une aventure d'Adèle Blanc Sec illustrée par Tardi. Après s'être procuré l'ouvrage, il fut convaincu que le style inimitable du dessinateur conviendrait parfaitement à l'adaptation de Nestor Burma. Lui seul pourrait saisir l'atmosphère du Paris des années 50 duquel il saurait retranscrire le "cafard latent".

L'album paru chez Casterman en 1982. Si les décors et l'ambiance sont exceptionnels, le dessin de Burma n'a pas encore trouvé la forme définitive qu'il adoptera à l'occasion de "120 rue de la Gare" en 1988. Aucune documentation n'existant à propos du "Foyer Végétalien" disparu depuis des lustres, Tardi le dessina sur la base des souvenirs de l'auteur. Le passage des "Hautes Formes" entre les rues Nationale et Baudrincourt retrouva son aspect originel le temps de quelques cases, au même titre que les arches du viaduc du Pont et bien d'autres détails encore.

Le roman fut redécouvert des années après sa rédaction, lorsque les bulldozers commencèrent leur travail de sape. Malet qui pensait avoir écrit un roman "contre" le XIIIe souriait quand on le considérait comme le spécialiste d'un quartier qu'il n'avait fréquenté que trois mois... Sans faire l'apologie de la saleté, il déplorait que cette nécessaire rénovation des lieux n'ait pas été réalisée "à échelle humaine". Il fustigeait ces tours impersonnelles pensées par des architectes modernistes qui habitaient eux, des hôtels particuliers à Passy. Dans un papier écrit en Novembre 1978 Malet écrivait qu'il ne retournerait pas dans le XIIIe, car, il prétendait s'y sentir encore plus malheureux que lorsqu'il y trainait la savate.



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vendredi 13 janvier 2012

2009 - Les Tuniques Bleues - Sang Bleu chez les Bleus


Ce cinquante troisième album des Tuniques Bleues relate un fait moins connu de l'Histoire de France et d'Amérique. Durant la guerre de sécession, Francois d'Orléans (1818 - 1900), Prince de Joinville et fils de Louis Philippe 1er, dernier Roi des Français condamné à l'exil, partit combattre les confédérés au côté des Nordistes. Il embarqua deux de ses neveux avec lui. Il fut élevé au grade de Capitaine et nommé aide de camp du Général Mac Lellan. Aussi surprenant que cela puisse paraître, Francois d'Orléans prenait position contre l'esclavage sous d'uniques arguments économiques. Il affirmait que cette méthode onéreuse ramenée à ses faibles rendements ne justifiait pas son coût. Pire encore, en déshonorant le travail libre, elle brisait l'esprit d'entreprise indispensable au développement des régions.

L'album dépeint un homme sympathique et courageux, victime, au même titre que son régiment d'une inactivité propre à cette période de la guerre. Afin de pallier aux conséquences désastreuses sur le moral des troupes, ce dernier proposera aux hommes de se mettre à la peinture sous l'argument "C'est facile vous verrez..."
Blutch se prêtera à l'exercice avec plaisir, non sans quelques aléas. Cette nouvelle passion gagnera progressivement l'ensemble du camp, jusqu'au Général lui même.
L'album est construit en deux parties. Si la seconde reste assez classique, je considère la première comme un petit chef d'oeuvre de dynamisme et d'efficacité comique. L'affrontement entre Blutch et Chesterfield atteint ici son paroxysme.
Le ton est donné dès la première case. Le Sergent ramène son camarade après une énième tentative de désertion. Déguisé et maquillé en esclave noire, Blutch n'en restera pas là ! Sa riposte, à noter dans les annales de la série, est aussi cruelle qu'inédite. Le duel prend une tournure vacharde digne de Tom et Jerry. Les deux hisseront le drapeau blanc quand ordre leur sera donné d'espionner les rangs Sudistes, mission au cours de laquelle ils seront découverts. 
Certains pourront être surpris par une telle scission narrative dans l'album. On regrettera l'absence, dans la seconde partie, de Francois d'Orléans autour duquel l'album est construit. Ce dernier ne réapparaîtra qu'à la fin de façon quasi anecdotique.
Quoiqu'il en soit, au delà de sa valeur pédagogique,  "Sang Bleu chez les Bleus" reste un excellent divertissement et un album très amusant.

Sang Bleu chez les Bleus - Lambil/Cauvin - Editions Dupuis 2009